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Le Pop Surréalisme

L'étude des maîtres anciens

Tandis que les artistes lowbrow sont en partie autodidactes, une nouvelle génération marque bientôt un tournant en s'inscrivant dans des écoles d'art. Parmi ces établissements on peut en retenir deux : l'Art Center College of Design de Pasadena fréquenté par Mark Ryden, Jeff Soto ou encore Alex Gross et l'Ecole des Arts Visuels de New-York choisie par Kenny Scharf et Joe Coleman. Ils en sortent tous avec un Bachelor of Fine Arts (BFA), l'équivalent d'un Bac+4. Cette évolution marque le retour entre autre de la peinture à l'huile et d'une imagerie empruntée aux peintres anciens.

C'est Kenny Scharf qui le premier met un nom sur ce nouveau courant, le qualifiant de pop surréaliste en 1996. Etudiant à New-York, il se lie d'amitié avec Basquiat et Haring. Il développe un style de street art proche de la figuration libre. Son univers gai, très coloré et proche de Dalí est réalisé à l'huile ou à l'acrylique.

Deux ans plus tard, en 1998, la Mendenhall Gallery de Pasadena organise la première exposition pop surréaliste, The meat show, qui regroupe des oeuvres de Mark Ryden sur le thème de la déconnection entre la nourriture et l'animal dont elle provient. Ses oeuvres minutieusement travaillées à l'huile parlent à tout le monde car reprennent des thèmes contemporains. Avec son épouse Marion Peck ils forment le couple emblématique du pop surréalisme. Mark Ryden ne fait pas de distinction entre high et lowbrow et résume ainsi la démarche du mouvement : "Je trouve très interéssant de se demander pourquoi, à l'époque moderne, des choses comme la nostalgie, le sentimentalisme et la beauté sont à ce point traités avec dédain par le monde de l'art. L'imagination, la fantaisie et le plaisir esthétique sont considérés comme indignes des beaux-arts. Pourtant, c'est dans le monde du kitsch que vivent les archétypes universels de la conscience collective, dans la vallée de l'âme et non sur les sommets de l'élitisme conceptuel".

Où situer le pop surréalisme ?

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BEAUX ARTS

La Joconde

Leonard de Vinci

POP SURREALISME

Minnie

Maggie Parr

LOWBROW

Minnie

Gilen

CULTURE DE MASSE

Minnie

Disney

Les rêves d'une société désenchantée

Si on voulait résumer le pop surréalisme on pourrait dire que c'est l'utilisation de techniques et de stylistiques propre aux beaux-arts pour mettre en scène des narrations liées à la société contemporaine. Les scènes pop surréalistes représentent un monde parallèle au nôtre mais altéré.

Il partage avec le surréalisme ses représentations déformées issues de l'inconscient, son côté absurde et sa beauté. Cependant l'intention n'est pas la même. Alors que Dalí se place au centre de son oeuvre et représente ses délires personnels, les pop surréalistes eux dénoncent des problèmes concernant l'ensemble de la société. Ils s'en diffèrent également par un esthétisme romantique macabre. Cette peinture est pop car emprunte son imagerie dans le monde qui nous entoure et que chacun peut reconnaître : les loisirs, la mode, le cinéma, la technologie...

Il n'existe aucun manifeste du pop surréalisme. Il en résulte une figuration assez libre dans laquelle on peut cependant distinguer les trois catégories suivantes  :

  • Les colorés. Une tendance représentée par Alex Gross, Kenny Scharf ou encore Jeff Soto. Ils sont très proches du lowbrow et de la culture californienne.

  • Les romantiques enfantins. Influencés par la peinture européenne des temps modernes et par le monde de l'enfance, ils mettent en scène des personnages mélancoliques, tristes. Leurs personnages ont des têtes assez grosses sans pour autant suivre un canon strict. Celui-ci peut même varier chez le même artiste. Joe Sorren, Marion Peck ou Benjamin Lacombe se sont orientés vers ce type de représentation.

 

  • Les romantiques adultes. En opposition à ce monde enfantin, on trouve Craig laRotonda, Joe Coleman et dans une certaine mesure Carie Anne Baad. S'ils puisent également leur style dans la peinture ancienne, leurs atmosphères sont beaucoup plus violentes et sombres.

Pour le sociologue Michel Fessoli, les thèmes abordés par le pop surréalisme sont à mettre en relation avec la post-modernité. Au cours de la période post médiévale, l'imagerie était dominée par le glaive, le phallus, le fonctionnalisme. Celle-ci prend fin avec le désenchantement du monde et engendre un changement de valeurs plus féminines qui acceptent le côté noir de l'être humain, sa fragilité. La post-modernité redécouvre une nature à respecter. L'image de l'adulte fort, inébranlable, conquérant dans l'imagerie des époques antérieures est maintenant fragile et infantilisé.

 

Caractéristiques du pop surréalisme

Scènes narratives

​Peinture méticuleuse

Travail sur toile ou sur table

Personnages fantastiques

Archétype de l'enfance

Attente/danger/silence

Contes de fées/rêve

Références au passé

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Another hole in the ice

Mike Davis

A la conquête du monde

Les premiers pop surréalistes sont nés dans la période qui va de la fin des années 1950 jusqu'à la fin des années 1960. Ils sont presque tous originaires des Etats-Unis à l'exception de Ray Caesar né au Canada. Leur notoriété se répand rapidement si bien que des artistes de la génération suivante, celle qui a vu le jour dans les années 1970 sont séduits par ce style un peu partout dans le monde : Victor Castillo au Chilly, Nicoletta Ceccoli à San Marino, Naoto Hattori au Japon... Cette expansion a pu donner lieu à des modifications comme dans le newbrow italien.

Certains  des initiateurs du mouvement sont devenus enseignants devenant par la même occasion sources d'inspirations à leur tour. Alex Gross, professeur à l'Art Center College of Design de Pasadena a compté Jeff Soto parmi ses élèves.

Les artistes récents sont nés dans les années 1980, après la révolution des mass média. Pour eux la BD, le cinéma, le pop surréalisme ou le lowbrow sont déjà des choses anciennes. Ils mélangent toutes ces images à d'autres références culturelles.

Une deuxième tendance se dessine au niveau de l'évolution, celle du retour à la culture de masse. Certains illustrateurs s'emparent seulement du graphisme pop surréaliste dans un but simplement décoratif. Ces images représentent la plupart du temps des femmes avec un canon de trois ou quatre têtes avec de grands yeux.

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